Les ceintures de compétences

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C’est dans les tuyaux depuis un moment, et c’est la suite logique de l’évolution de mon système d’évaluation autogérée : aujourd’hui je vous parle de ceintures de compétences.

Le bilan de ce qui a déjà été fait

Pour commencer remettons en contexte le pourquoi de ce système. 

La vocation première de mes plans de travail c’est (je vous le donne en 1000) la différenciation. Je pars du principe que tous les enfants avancent à des rythmes différents. Les plans de travail permettaient de gérer cette hétérogénéité sur les périodes. Et justement c’est la une des limites du système actuel. La différenciation se fait sur un rythme périodique, finalement assez arbitraire. La solution que j’ai trouvée jusqu’à présent pour différencier pour les élèves qui, au niveau de la période ne disposaient pas d’un parcours suffisamment différencié, c’était de créer des PDT aménagés pour eux. Cela fonctionne mais, présente tout de même quelques obstacles.

- Les ajustements des PDT ordinaires et la création de parcours spécifiques sont très chronophages. 
– Les PDT aménagés sont trop subjectifs et arbitraires à mon goût. 

D’où la nécessité d’un référentiel commun à tous. 

Et quitte à créer un référentiel commun, autant le faire sur les 2 ans que je garde mes élèves. 
Et là, l’illumination. Ça faisait un moment qu’on m’en parlait mais je pense que je n’avais pas fait le cheminement intellectuel pour me rende compte à quel point le dispositif que j’allais choisir était pertinent. 

Ce dispositif, il est emprunté à la pédagogie institutionnelle. Il s’agit des ceintures de compétences. Donc je ne réinvente pas l’eau chaude, mais par contre j’adapte au numérique. Je m’explique. 

Plutôt que de distribuer des référentiels périodiques 5 fois par an, je vais donner à mes élèves un recueil sous la forme d’un porte vues contenant toutes les items que nous allons travailler sur les 2 années durant lesquelles ils seront dans ma classe (référentiel élaboré à partir des programmes 2008, on est bien d’accord).

J’ai regroupé des items dans chaque ceinture (avec un niveau croissant comme au judo : jaune, orange, verte bleue, marron, noire et éventuellement rouge) en fonction de la complexité et de ma programmation.

Le principe c’est de prendre l’élève là où il en est et d’avancer un pas après l’autre. Ce système permet également de valoriser les réussites et d’identifier les difficultés. Un élève pourra être ceinture jaune en orthographe mais ceinture bleue et géométrie par exemple. Une manière de faire la guerre au « je suis nul à l’école ».

Alors, concrètement, ça marche comment ?

L’objectif est de valider les ceintures, comme au judo. 

Par exemple, pour passer la ceinture jaune de grammaire, il faut savoir :
Dire si un événement est passé, présent ou futur
Identifier une phrase
Retrouver le verbe dans une phase
Identifier les différents types de phrase
Identifier une phrase affirmative et une phrase négative.

Pour passer la ceinture jaune-orange, il faut obligatoirement avoir la ceinture jaune et ainsi de suite. Chaque nouvel arrivant dans la classe démarre à la ceinture blanche. Il est possible (mais pas obligatoire) que les CE2 nouvellement arrivés dans la classe avancent plus vite que les CE1 sur les premières ceintures puisqu’il s’agira de révisions pour eux. Vous trouverez d’ailleurs à droite des tableaux, le niveau de classe auquel correspondent les ceintures dans les programmes. 

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Et au quotidien ?

Chaque semaine, les élèves reçoivent également un plan de travail hebdomadaire dans lequel ils devront indiquer les compétences qu’ils souhaitent valider sur une semaine. En fonction du degré d’autonomie, les élèves sont libres du choix des compétences et de l’impression des fiches associées. Au départ, c’est l’enseignant qui les guide dans ce choix.

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Dans l’emploi du temps, il y a des plages de « travail personnel ». Ce sont durant ces plages que l’élève complète son plan de travail. Il peut également l’avancer lorsqu’il a terminé les autres tâches qui lui sont demandées. Les fiches d’évaluations sont stockées et classées dans l’espace numérique collectif de la classe. 

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Elles sont corrigées par l’enseignant uniquement. Le résultat (vert, orange ou rouge) doit être reporté immédiatement dans le plan de travail hebdomadaire puis dans le référentiel des ceintures. En fonction des items, l’élève bénéficie de 3 essais pour valider la compétence qu’il souhaite évaluer. En fonction du temps disponible, il aura donc la possibilité de valider une compétence non acquise lors du premier essai.

Si la compétence est validée lors du premier essai, il n’est pas nécessaire de faire les suivants. Cela signifie que l’enfant a déjà validé cette compétence et qu’il n’a donc pas de temps à perdre à l’étudier à nouveau.

Les objectifs :

Permettre aux élèves d’avancer à leur rythme
Cette démarche a pour but d’aider les enfants à avancer dans les apprentissages à partir d’où ils en sont et non pas arbitrairement en se basant sur une moyenne.
Un élève en difficulté aura plus de temps pour travailler sur une notion, afin de l’acquérir réellement avant de passer à une autre.
De la même manière, un élève qui a des facilités dans une matière pourra aller plus loin (grâce au dispositif de classe numérique, il pourra aller chercher les informations dont il a besoin pour avancer.)
Pour résumer, chaque élève aura un parcours individualisé et personnalisé en fonction de ses forces et faiblesses, le tout, bien évidemment supervisé, par l’enseignant.

Une dynamique de réussite
On est tous doué pour quelque chose. Certains sont plus à l’aise en maths, d’autres en français, d’autres en sport. Le système de ceintures permet aux élèves de situer leurs forces.
Un élève peut être ceinture marron en calcul mental et ceinture jaune en orthographe. Dans ce cas, l’élève est valorisé par sa ceinture marron puisqu’il peut être tuteur et superviser des camarades dans cette discipline, mais il sait aussi, qu’il doit renforcer ses compétences en orthographe. L’enseignant sera là pour le guider dans ses choix et l’aider à progresser. Il pourra également faire appel à ses camarades de ceinture plus élevée pour l’aider.

La coopération, l’entraide et l’autonomie
Comme dit dans le paragraphe précédent, un système de tuteur se met en place au fil de l’avancement du dispositif. Plus l’élève fait preuve d’autonomie, plus il est chargé de responsabilités. Il devient un référent pour la classe. Dans le référentiel de ceintures, l’élève trouvera également des ceintures « de vie de classe » (mais ça on en reparlera) qui permettront de développer par ailleurs coopération et entraide au sein de la classe. De manière générale, ce système vise à développer l’autonomie des élèves en leur donnant une méthode de travail qu’ils pourront réinvestir toute leur scolarité et quelle que soit la méthode de leur enseignant. Ils apprennent à travailler pour eux, ils deviennent acteurs de leurs apprentissages.

La visibilité et le suivi
Grâce aux ceintures, les enseignants, la famille et surtout l’élève sait exactement où il se trouve dans les apprentissages. Ce dispositif a pour but de clarifier les livrets traditionnels qui possèdent un jargon compliqué qui, au final, ne renseigne pas sur l’état d’acquisition des compétences par l’élève. Les ceintures, elles, permettent de savoir plus finement ce que croit savoir ou ce que ne comprend pas un élève et d’y remédier efficacement.

Dédramatiser l’évaluation et en faire un outil pour se construire
L’évaluation est souvent vécue comme une sanction. Ce ne devrait pas être le cas, car les meilleurs apprentissages se construisent sur nos erreurs. Nous nous trompons, puis nous tirons des enseignements. Les études montrent que ce sont ces savoirs là qui sont les plus solides. Le fait d’avoir plusieurs essais permet à l’élève de rentrer dans cette logique. De plus il est évalué en permanence et cela devient une habitude. Plus de stress avant les « contrôles » puisque l’élève est contrôlé quand il se sent prêt.

Ce que ce dispositif n’est pas.

Attention, le dispositif des ceintures n’est pas un moyen pour l’élève de ne rien faire ou de se reposer sur ses acquis. Il sera attendu de chacun un certain nombre de tentatives de validation chaque semaine. L’enseignant est là pour veiller au respect de ce travail et, s’il n’est pas réalisé sur le temps de classe, il pourra exiger de l’élève qu’il le réalise à un autre moment.

L’élève n’est pas livré à lui même, bien au contraire. L’enseignant l’accompagne progressivement vers le niveau d’autonomie maximum qu’il peut acquérir. Le niveau d’autonomie (de 0 à 3) est indiqué sur les plans de travail hebdomadaires. Ainsi l’enseignant peut porter une attention particulière aux élèves qui en ont besoin. Les élèves plus autonomes développent parallèlement leurs compétences d’explication, de gestion avec leurs pairs.

Dans ce dispositif, l’enseignant est toujours disponible pour répondre à une sollicitation d’élève.

Les règles :

En signant le plan de travail chaque semaine, l’élève s’engage à réaliser au moins le premier essai de chaque évaluation.
Seul l’enseignant peut valider ou non une évaluation (pas d’auto-évaluation).
L’élève reporte le résultat dans le plan et le référentiel des ceintures dès qu’une évaluation est corrigée.
Le porte vue contenant le plan de travail et les fiches retournent dans les familles chaque semaine, pour que l’élève et sa famille aient une bonne visibilité de l’état d’acquisition des compétences de la période.

En fin de période, l’élève reçoit une fiche bilan contenant une appréciation.
Dans cette fiche, l’élève devra indiquer les ceintures qu’il aura passées durant la période.

Enfin, pour conclure, je précise que tout ne se valide pas sur fiche (heureusement !!!). Les référentiels contiennent des items qui prennent la forme de projets plus ou moins complexes à plus ou moins long terme (capsules, présentations, exposés) ainsi que des compétences orales ou des observables par l’enseignants. 

Voilà voilà, y a plus qu’à !

Edit : j’ai présenté le dispositif à mes collègues, et visiblement nous nous lançons dans la réalisation de référentiels jusqu’au CM2 !!! Ça va être génial.

Un grand merci à Sylvain, Carole, Stéphanie, Marc, Anne et tous ceux qui m’ont aidé à mûrir ma réflexion sur ce projet, qui, j’en suis sûr, continuera d’évoluer.

47 Commentaires

Classé dans Education

47 réponses à “Les ceintures de compétences

  1. Ggu

    Bravo pour la qualité de ce travail qui invite effectivement à se lancer dans cette direction.

  2. Très chouette! Si en plus vous arrivez à vous accorder en équipe, quel bonheur!
    Tu connais peut-être, mais je te conseille le site de Maitresse Elise (http://leremuemeningesdelise.eklablog.com/) qui a beaucoup bossé sur la progressivité des compétences sur tous les niveaux.

  3. J’adhère, j’adore, j’admire. Ce fonctionnement me parle énormément et j’y pense de plus en plus sérieusement. Il faut que je m’y penche (pour le CP) et que j’en discuté avec des gens qui fonctionnent comme ça car j’ai une question qui me turlupine : dans un tel système, comment / à quel moment / avec qui les notions nouvelles sont-elles abordées ? C’est vraiment ma seule interrogation car sinon ton article est limpide et met parfaitement en mots des intuitions et réflexions que j’ai depuis un moment.

    • Merci pour ce gentil commentaire. Les nouvelles notions sont vues de façon très traditionnelle. J’ai une programmation que je suis (et que j’adapte au besoin). Le dispositif que je présente est plutôt décroché par rapport au reste. Il permet de revenir sur des difficultés avec certains élèves. D’autres peuvent aller plus loin sans moi grâce à ce que je mets à leur disposition sur l’espace numérique de la classe.

  4. Ludo

    Bonjour François
    Super article comme d’habitude . Merci pour le partage et tes excellentes idées. Moi aussi je suis en réflexion sur les ceintures. J’aimerais les mettre en place dans mon ce1 l’année prochaine mais je me pose une question: si au bout de trois essais, c’est pas validé comment fait on? Parce que j’ai des enfants en très grande difficultés ( non lecteur) et j’ai peur qu’ils restent à la ceinture blanche toute l’année dans certaines matières.
    Merci beaucoup
    Ludo

    • Salut Ludo. Peut être pourrais tu faire démarrer ton référentiel avec des compétences de CP (qui seraient des révisions de CE1). Pour les essais, il faut penser au accompagner les élèves dans le moment et le choix de l’évaluation. C’est un apprentissage. « Est ce que je sais faire? ». Ne pas les lâcher tout de suite dans l’inconnu. C’est à ça que servent les degrés d’autonomie.

      N’hésite pas si tu as d’autres questions.

    • Bonjour Ludo, je trouve ta question très intéressante ! Peut-être qu’une piste à explorer serait de ne pas penser en termes de cp ou ce1 mais de compétences à acquérir au cycle 2, et donc de créer des ceintures du cp à la fin du ce1. Ainsi une lève faible lecteur pourrait avoir des objectifs réalistes et progresser encore en lecture, à son rythme, tout au long du ce1.

  5. Ludo

    Merci à tous les deux pour vos réponses. Je vais m’y pencher sérieusement cet été et effectivement partir du cp pour certains élèves. Il faut arrêter de penser programme mais individualisation du travail ( chacun son rythme)
    Encore merci
    Ludo

  6. Bonjour, la question que je me pose depuis le début sur ce fonctionnement que je trouve très adapté à nos classes, c’est comment classer des compétences parfois très diverses au sein d’une même matière. Pourquoi par exple, poser une multiplication serait en ceinture orange et poser une soustraction en ceinture jaune ? (C’est un exple…) Ce que j’aimais dans ton ancienne méthode c’est que les compétences n’étaient pas classées du plus simple au plus compliqué mais de période à période et ça m’avait vraiment fait réfléchir. J’attends donc que tu testes l’an prochain pour savoir ce que tu en as pensé et si comme certains l’ont déjà dit plus haut, certains enfants sont restés bloqués sur une couleur alors qu’ils seraient capable de faire la suivante. En tous cas, je trouve ta réflexion très enrichissante pour les autres, ça nous interroge tous et ça nous donne parfois l’envie de se lancer aussi. Merci à toi et comme ce ne serait que justice (vu toutes les idées que je te vole :) ), je t’expliquerai avec plaisir mon système d’échelle pour motiver les troupes (cf message twitter de Stéphanie) et la chaise de l’amitié dont on n’a pas eu le temps de parler au colloque icem34 !
    Nathalie

    • Salut Nathalie !
      Oui je t’avoue que cette histoire de chaise avait piqué ma curiosité ! Quand tu auras un moment, je veux bien que tu m’explique.

      Pour ce qui est du classement, il est fonction aussi de la programmation périodique. Si tu regardes bien, la ceinture jaune de grammaire contient les items de la période 1 en grammaire. Du coup c’est un mélange de chronologie ET de complexité croissante. Les ceintures ne se veulent pas être une échelle de difficulté. Tu fais bien de me le faire remarquer. On est plus dans la complexification.

      Il y aura sûrement des remaniement à faire, c’est une première pour moi.
      Alors comme les programmes ne peuvent pas forcément s’emboiter à la perfection dans une progression par difficulté, ce mélange me parait pertinent.

      Mais je sens le dispositif quand même moins tributaire d’une organisation chronologique arbitraire car tous ne sont pas prêts au même moment. Et les ceintures permettent une souplesse que les PDT par période ne me permettent pas (ou du moins pas autant). Ca va aussi m’éviter d’avoir a créer de toutes pièces des PDT sur mesure, car les ceintures, de par l’organisation créent un parcours différencié pour chacun. J’aurai (je l’espère) plus de temps à consacrer aux difficultés des élèves.

      A très bientôt !

  7. Bravo François !

    Ton photo-tweet sur les ceintures d’il y a quelques semaines m’avait déjà interpellé et j’avais commencé à cogiter à ce sujet.

    Je me pose une question. En fait, c’est exactement la question que je m’étais posé lors de la création de l’outil-Tilékol : comment synthétiser tous les résultats des ceintures ( de la classe et de chaque élève ) de manière à avoir visuellement toutes les informations qu’un simple coup d’oeil ?
    C’était également la question que je m’étais posée à propos des ceintures de Charivari. Je pense tenir là mon « devoir de vacances » pour juillet :-)
    On doit assez facilement arriver à paramétrer Tilékol dans ce sens.
    A moins que tu n’aies ta solution-maison ?

    Ce concept de ceintures est fascinant parce qu’il fait sauter la notion de linéarité temporelle collective de l’apprentissage (qu’est-ce qui me prend de pondre de telles locutions ?) et que subitement, chacun s’approprie son propre rythme, tout en évoluant collectivement.

    Super. Je vois que tu as encore beaucoup de choses à nous dire et que l’annonce de la mise en sommeil de ton blog n’était qu’un petit coup de blues passager :-)

  8. très intéressant ton article
    voilà qui va m’amener à de nouvelles réflexions pour l’année prochaine

  9. Chantal Giroux

    Cela me semble ultra intéressant. Peut-on retrouver tout ça quelque part ?

  10. Nono

    Bonjour !
    Très intéressant comme article, je pense que te parler de « Bruce » est inutile^^

    http://bdemauge.free.fr/ceintures/

    http://bdemauge.free.fr/index_plansdetravail.htm

    Le système au cycle 2, ils l’ont déjà dans leurs classes multi-niveaux de leur grande école, mais ce n’est pas en ligne.
    C’est une manière comme une autre… car sinon ils seraient très bons dans leur entrée en 6ème avec un parcours comme celui-ci. S’investir autant et ne pas avoir de progrès significatif ensuite serait décourageant aussi… Il parait que tout « se tasse » en 5è-4è : les écarts se creusent…
    Sans être décourageant, les élèves en difficulté sont connus dès le CP et généralement le reste plus ou moins tout au long de leur scolarité.

    Le système est pertinent et dans une bonne logique, mais s’ils donnaient tant de résultats intéressants je pense qu’on le saurait déjà… via les IEN déjà…
    Bref, chaque enseignant fait sa méthode aussi pour travailler sur la différenciation au quotidien…
    Bravo pour toute ta réflexion en tout cas

    • Salut !
      Oui Bruce fait partie de mes « idoles pédagogiques » j’ai parcouru en long en large et en travers sont site. C’est tout simplement fantastique.

      Pour le reste, j’avoue que je n’ai pas trop compris ton propos. Il faut bien garder en tête que l’objectif n’est pas d’amener tout le monde à la ceinture noire. Mais bel et bien, d’aider chacun à progresser de son mieux.

      • Nono

        Ce que je voulais dire c’est que c’est une méthode (cette pédagogie des ceintures et des PDT) comme une autre (groupe de besoin avec l’enseignant, tutorat,…)… et au final bien entendu que les élèves progressent mais pas plus significativement qu’avec une autre méthode…
        Bien sûr qu’ils ne seront pas tous ceintures noires à la fin du CM2, mais auront-ils mieux appris, mieux stabilisés leurs connaissances que sans ces fameux PDT et ceintures ?
        Car en 6ème on ne voit pas réellement de différences, les bons restent bons et les collègues continuent de travailler avec ceux déjà en difficulté, qui auront à nouveau des PPRE…
        Les PDT et ceintures gomment certainement des difficultés légères, tout comme une autre méthode mais atténuent à peine des plus profondes…

        Je m’interroge car ce système a des points positifs apparents pour l’élève, mais en vaut-il plus le coup que « faire autrement » ? Car au final les points négatifs sont la charge de travail de l’enseignant (+ les photocopies…)… qui au final est rémunéré de la même manière que s’il avait des maternelles (sans travail écrit)…
        Sans prêcher pour nous (qui avons aussi une vie de famille, des loisirs,…), le jeu en vaut-il la chandelle ? Y a-t-il une étude qui prouve réellement l’effet « pédagogie institutionnelle » sur les résultats scolaires ?

      • Aïe… Personnellement je me sentirais mal de ne pas proposer à mes élèves des solutions justes et équitables, adaptées à leurs besoins. Ce sont des êtes humains, je pense qu’on leur doit au moins le respect de faire de notre mieux. Car si nous avons choisi ce métier, eux, n’ont pas demandé à nous avoir. Pour moi, ce système (qui évoluera encore) représente ce que j’ai trouvé de plus juste.

  11. Maury olivier

    En pleine reconversion pédagogique pour mes dernières années d’enseignement, je me rappelle avoir vu ou lu il y a pas mal d’années un sujet sur les ceintures…. De réactiver cette démarche j’ai l’impression de rajeunir…. Merci… Je vais passer un bon dimanche

  12. Laure

    Félicitations François! Une petite question : tu as donc prévu 3 essais d’évaluations pour chaque items + une évaluation récapitulative de plusieurs items (ceinture à passer), c’est bien ça?

    • Salut Laure et merci. Pas d’évaluation récapitulative. La ceinture vient sanctionner l’ensemble des items listés acquis. C’est une sorte de brevet (surtout pas une récompense par contre).

  13. Laure

    Merci pour tout ce que tu partages. Tu es une véritable source d’inspiration et de motivation.

  14. Bonjour. J enseigne les langues à des jeunes de 12 a 15 ans. Je comprends la réaction de Nono qui a certainement de la bouteille et je te tire mon chapeau, François, pour ton implication et la foi en tes élèves. Comme vous, je boude le système souvent injuste et tente chaque année d adapter de nouvelles méthodes. Les enseignants se remettant en question sont de bons enseignants. Peu importe la méthode que l on veuille utiliser, l important est que l on comprenne que chaque élève doit progresser et ne meut être bon dans toutes les matières. En Belgique, les élèves doivent avoir 50 % dans chaque matière pour passer dans l année suivante. Ils sont continuellement contrôlés. J aimerais aussi parler de ce jugement et du bic rouge mais c’est un autre débat. Encourageons nos jeunes et nos collègues dans ce monde où plus rien ne va. Il faut penser à leur avenir, à leur donner surtout le goût de l effort et à ce sujet, je m adresse aux parents. Accompagnez-les et félicitez leur travail et vous aurez des résultats.

  15. Je vais être casse-pieds, j’ai encore une petite question : est-ce que tu crées toi-même les exercices d’entrainement et les évaluations ou tu utilises (au moins partiellement) du matériel existant ?

  16. Nono

    Je n’ai pas trop de bouteilles, une quinzaine d’années. J’ai une expérience de plusieurs écoles, surtout en cycle 3. J’ai une femme en maternelle (eh oui… je fais partie des couples « profs » qui sont souvent incompris dans l’entourage urbain on va dire, à la vue des 16 semaines de congés par an, surtout l’inactivité estivale…). C’est un autre sujet !
    J’ai des connaissances au collège également, et cela permet de prendre beaucoup de recul sur notre métier, vis-à-vis des autres pays européens également (étant frontalier) : répartition des heures sur l’année, priorité nationale (comme en Finlande, écrite dans la constitution), salaire bien entendu (qu’il ne faut non plus pas ignorer…).
    J’essaie de réfléchir au concret, et bien entendu à la réussite de mes élèves au quotidien (en mettant de côté l’idée des 40 à 45 heures en moyenne de travail par semaine tout compris – déplacement-, ce qui est déjà bien chargé). Je m’interroge beaucoup sur ces fameux PDT depuis 5 bonnes années…

    Question : est-ce que tous les instits de France qui n’utilisent pas des PDT et des ceintures ne trouvent pas des « solutions justes et équitables, adaptées à leurs besoins » (ceux des élèves) ??
    Je ne suis pas contre l’idée de la pédagogie institutionnelle mais cela peut être proposé au compte goutte dans l’année, et pas forcément intensivement car on s’enferme alors dans un système.
    OK c’est ta liberté pédagogique de fonctionner ainsi, mais est-ce que tes élèves auront forcément mieux progressés que les miens ou ceux de collègues avec 30 ans d’expérience ?
    Le choc de la 6ème et d’un autre fonctionnement du coup, peut perturber des élèves ayant des compétences fragiles également…PDT ou pas…
    Donc je pense que cela reste un outil, utilisable et adaptable selon les besoins et les niveaux des élèves (peut-être moins intensivement au CM2).
    C’est comme le TBI et tous les outils qui existent… avec modération.
    Car si à l’école on reçoit des brevets (ceintures) pour ses réussites (avec éventuellement une double notation : compétence + note), au collège il n’y a plus que la note, donc les élèves qui sont relativement fragiles n’ont plus trop de repère, car on sait bien que les bons fonctionnent « tout seul ».
    C’est comme une espèce de « carotte » qu’on veut avoir… et malheureusement un élève peut resté jaune ou orange très longtemps car c’est difficile. Cela peut aussi le décourager… car il y a toujours 4-6 élèves par classe qui peinent en math-français et/ou en mémorisation (hist-géo…).
    C’est surtout pour eux qu’on travaille justement, donc voir les camarades gravir plus rapidement des « couleurs » dans davantage de domaines peut les stigmatiser… Sois ils se reprennent, sois cela traine…
    J’imagine que cela ne doit pas arriver si souvent.

    Personnellement, j’essaierai ce système pour relancer une dynamique, peut-être en période 2, et puis voir les réactions. A continuer ou à sauter sur une période ultérieure, pour rythmer davantage l’année scolaire.
    Ce n’est que mon avis… à voir si je me lance ! J’utiliserai alors des livres de la classe (étude de la langue et maths) pour limiter les photocopies d’exercices.

    Au final d’après ce que j’ai pu en discuter aussi, je pense que les ceintures et PDT restent un outil pédagogique à disposition, mais qu’il ne fait pas forcément progresser d’une meilleure manière que d’autres. Il faudrait faire une étude via des professeurs en sciences de l’éducation (comme cela avait été fait avec l’outil informatique ou le TBI).
    L’utilisation des TICE, l’aide du maitre en groupe de besoins ou les tutorats sont également des « solutions justes et équitables, adaptées aux besoins » des élèves si l’on forme judicieusement les groupes ou binômes d’élèves.
    Il faut varier tout cela… donc je ne suis pas contre bien sûr, je m’interroge…
    Qu’en penses-tu ?
    Y a-t-il des IEN qui sont « accros » à ce style de pédagogie en invitant les enseignants à le faire ?

    • Attention, attention, ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit. Je n’ai pas dit que ceux qui n’utilisent pas cette méthode ne font pas bien ou au mieux. J’ai dis que si je ne faisais pas comme ça je me sentirais mal. Ici il est aussi question de convictions qui me sont personnelles.

      Pour aller plus loin, il est difficile de parler de rendement ou d’efficacité à l’école. Qu’est-ce que ça veut dire « réussir » ? Et qu’est-ce que ça veut dire « réussir mieux ? ».

      Selon moi on n’est pas là pour les faire réussir. On est là pour les faire avancer. Au mieux de ce qu’ils son capables de faire.

      De même, est-ce parce que dans le second degré certains n’appliquent pas les textes en ne travaillant pas par compétences (c’est quand même la loi) que nous devons nous « abaisser » à leur niveau ? Je ne vais pas mettre des notes par pression sociale. Mon but est de faire progresser mes élèves. Point. Et ils progressent tous.

      Par contre, fais attention, la ceinture n’est en aucun cas une carotte ou un bonbon. Si tu pars dans cette optique, tu peux être sûr que ça foirera. La ceinture est là pour sanctionner la validation d’acquis. C’est une question d’honnêteté vis à vis des élèves. On n’accorde pas une ceinture pour faire plaisir ou parce qu’on a été sage, ou autre. Ca ne dépend pas non plus du bon vouloir de l’enseignant. Quand il valide ses items, l’élève prouve à tous qu’il est du niveau de telle ou telle ceinture.

      Pour ceux qui bloquent, dis toi qu’il y a des ceintures en grammaire, orthographe, géométrie, EPS, LVE, arts etc… Au final une vingtaine de référentiels. Les élèves bloqueront peut être sur certaines disciplines mais d’un autre coté, ils seront valorisé sur d’autres. Pas juste pour les encourager, ou faire un traitement de faveur, mais parce qu’il seront réellement doués dans une des disciplines proposées.

      C’est ce qu’on perd souvent de vue. Pour encourager un élève, on lui donne un « faux » travail, une demi compétence, qu’il va réussir certes mais du coup on modifie le référentiel. Où est la justice là dedans ?
      De fait, la stigmatisation sera difficile. « Toi tu es ceinture verte en grammaire ? Et bien moi je suis ceinture noire en EPS. »

      On est tous différent. Ce système permet, à mon avis, de le faire comprendre à nos élèves. Chacun son parcours, chacun sa richesse.

      Pour les études, je t’encourage à lire Sylvain Connac ou directement Fernand Oury.

      Sinon pour les encouragement par la hiérarchie, j’ai récemment été encouragé dans mes pratiques par plusieurs IGEN, et oui, régulièrement par des IEN… Donc je me dis que je dois aller dans une direction pas trop mauvaise.

      Par contre, je te déconseille fortement de faire ce que tu as prévu au propos des ceintures. Tu ne peux pas travailler comme ça une période puis sauter… Ce sont des trucs qui se mettent en place sur le long terme avec tout un corpus de valeurs qui s’acquièrent sur la durée. Ce n’est pas juste un outil comptable. Il y a un sacré fond derrière.

      • Mirmo19

        « De même, est-ce parce que dans le second degré certains n’appliquent pas les textes en ne travaillant pas par compétences (c’est quand même la loi) que nous devons nous « abaisser » à leur niveau ? »
        Pour défendre les collègues du secondaire, dont je fais partie, il faut tout de même prendre en compte certains faits :
        – les diplômes s’acquièrent grâce à des évaluations chiffrées (du moins dans les voies générales), le socle commun ne compte pas : ex pour le brevet où le jury est « souverain », c’est à dire qu’il peut octroyer le diplôme à un élève n’ayant pas validé le socle
        – en fin de troisième, l’ordinateur du rectorat effectue le classement des voeux des élèves entre les différentes filières professionnelles envisagées uniquement sur les moyennes de ceux-ci, le socle commun n’intervient pas. Autrement dit, je suis actuellement obligé par l’institution de mettre une moyenne trimestrielle à mes élèves de 3e (nécessaire également pour le contrôle continu du brevet)

        Personnellement j’évalue par compétences mes élèves en SVT, mais pour que cela est réellement du sens hors les murs de ma salle 313, il faut que l’institution stoppe l’effroyable schizophrénie dont elle fait preuve au sujet de l’évaluation des élèves.

  17. lentremetteuse

    Bonjour! Excellent article que je partagerai sous peu sur mon blogue, Chroniques sympathiques. http://sympathiqueschroniques.blogspot.ca
    Cette année, pour la toute première fois, j’ai expérimenté les « ceintures de conjugaison ». Ce fut un grand succès! La première ceinture consistait à apprendre à conjuguer les verbes AVOIR et ÊTRE dans différentes situations. Ensuite, les ceintures se complexifiaient. À la lumière de vos propos, j’élargirai les ceintures de compétences avec de nouveaux apprentissages l’an prochain. Mille mercis.
    Cordialement,
    Isabelle

  18. Cédo

    Bonjour,
    J’avais une question: Comment fais-tu quand un élève échoue au troisième essais?
    ah et j’en ai une autre: Est-ce que les élèves s’entrainent avant les essais?
    Cette question des ceintures m’intéresse depuis 2 ans environ, j’ai mis en place des ceintures de calculs et je réfléchis à comment étendre cela. Donc j’ai lu ton article avec attention et j’espère qu’il y aura une suite.

  19. irslo

    Salut François et tout d’abord chapeau pour la masse de travail que cela doit représenter ! Je bosse dans le spécialisé depuis 10 maintenant (IME puis CLIS) et le système des ceintures est un système que j’ai un peu pratiqué avec certains outils de chez Jocatop en maitrise de la langue et j’avais trouvé ça très intéressant. Je me demandais avec quelle(s) classe(s) tu mettais ça en place ? Comment fais-tu avec des non-lecteurs ? Penses-tu qu’il soit possible de faire fonctionner l’outil avec ces élèves ?
    Voilà si tu as des retours sur un travail avec des GS/CP, ça m’intéresserait de savoir ce que tu en as pensé !
    Je pense que je vais étudier en détails ta procédure pour me l’adapter pour l’année prochaine.
    Y a-t-il moyen de mutualiser des ressources et de partir sur un canevas commun ?

    Bon courage et bon travail !

  20. cricri

    Bonsoir François. Connais-tu les ceintures de compétences PIDAPI? Et si oui, qu’en penses-tu?

  21. Bonjour !
    Excellent article qui nous fait réfléchir sur notre manière de faire progresser nos élèves à leur rythme, chose pas si aisée !
    Cette année, toute l’équipe de mon école a réfléchi sur la création d’un livret scolaire commun : ce fut très riche en échanges et surtout très révélateur de la diversité des pratiques d’évaluation pour chacun ! Au final, pas de livret concret mais c’est en préparation pour la rentrée. Ce qui m’amène à cette question : tes fiches « bilan » de fin de période font bien office de « livret scolaire » ? Comment les gères-tu en numérique ?
    Cette année, (je suis en CE1), avec ma collègue de cp on a essayé ce système d’évaluation selon le rythme de l’enfant mais en format papier c’est une vraie galère et aucune trace numérique, ce n’est pas pratique !
    Mais on ne désespère pas ;-)
    En tout cas, un grand merci pour ton partage d’idées !!!

  22. Brigitte Massot

    Bonjour,
    1ère question : Pourrait-on dire que ce système se rapproche d’une feuille de route ? du genre je liste les objectifs à atteindre sur l’année, je cible des manipulations et des exercices écrits pour chacun et chaque élève avance selon ses besoins ?
    2e question : dans ce cas là, comment sauter l’obstacle de celui qui traine sans faire grand chose

    et encore merci !

    • 1. Alors c’est même une feuille de route sur 5 ans puisque ça va du CP au CM2. Par contre l’objectif c’est que ce soient les élèves qui choisissent leur parcours. L’enseignant est un guide au départ puis progressivement (le temps est variable selon les cas) l’élève doit prendre le relai pour devenir acteur de ses apprentissages.
      2. Pour sauter cet obstacle, il faut commencer par essayer de comprendre pourquoi il traine sans faire grand chose. Au delà de ça, l’élève s’engage à réaliser un certain nombre de tâches dans son plan de travail hebdomadaire. L’enseignant fait le bilan en fin de semaine avec l’élève et lui signale si son travail n’est pas satisfaisant en cherchant avec lui comment le rendre plus efficace.

  23. Brigitte Massot

    Merci de m’avoir répondu Je continue à réfléchir ce qui entraîne d’autres questions si tu veux bien : 1. Pour moi le temps de plan de travail est un temps d’entraînement personnalisé (beaucoup de manipulation et un peu d’écrit chez moi ) pour aboutir, quand l’enfant se sent prêt, à une évaluation à un moment donc personnalisé aussi . Mais quand je te lis, je cherche l’entraînement : tu dis que chaque semaine l’élève choisit 5 items environ qu’il devra valider et là je « bogue »…. que veux-tu dire par là ? il a une semaine pour s’entraîner et valider ?
    3.sur ton emploi du temps, un groupe est en travail personnel et l’autre en découverte/entraînement et tu spécifies, je crois, pour le travail personnel : plan de travail, révision,préparation d’exposé- donc j’avoue en toute humilité que je suis un peu perdue….
    2.Penses-tu ce fonctionnement adapté à un cp ce1 à 30 ?
    Je te rappelle que j’avais des cp et que j’aurai en septembre 11cp et 19 ce1(le plus c’est que les ce1 sont mes anciens cp et qu’ils ont donc pris l’habitude de suivre une feuille de route et de s’entraîner de façon plus ou moins autonome)

  24. Brigitte Massot

    et re ….. quel support tes élèves utilisent-ils pour ranger leurs
    – référenciel : plan de période ou liste de ceintures
    plan de travail hebdomadaire
    exercices d’entraînement
    fiche d’évaluation…..

  25. Brigitte Massot

    question basique : ils sortent donc les fiches pour cocher dessus ? ( j’ai des cp)

  26. Brigitte Massot

    Si j’ai bien compris les ceintures sont « personnalisées » à chaque enseignant (enfin plus ou moins) c’est à dire qu’elles varient selon la programmation de chacun ? Donc, je prends les item de chaque période et j’en fait une ceinture ? donc 5 ceintures « normatives » par année ? Mais les couleurs ne sont pas infinies… c’est pour cela que tu « panaches » ?

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