L’évaluation positive : oui mais comment ?

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C’est le sujet du moment : l’évaluation positive. Ca tombe bien, il me semble que je la pratique depuis un moment, mais c’est l’occasion de s’attarder sur l’évaluation elle même, l’acte d’évaluer, son objectif etc…

Qu’évalue-ton ?
Alors, là je crois que je vais enfoncer des portes ouvertes (quoique…) mais quand on est enseignant, on évalue l’acquisition de compétences par ses élèves. Que l’on soit dans le premier ou second degré, voire dans le supérieur je crois que cela fait consensus. D’où l’intérêt pour l’enseignant d’être réellement au clair avec ce qu’il évalue. Comme le disait récemment le collègue Régis, si on évalue une compétence comme la capacité à mettre en oeuvre un dispositif expérimental, l’orthographe n’a aucune raison d’entrer en jeu. Néanmoins on peut avoir comme des attentes en orthographe dans toutes les disciplines, mais elles ne devront pas interférer dans la validation de la compétence scientifique.

Bref, en gros, la première chose à faire c’est savoir ce qu’on attend de l’élève. Mais il faut aussi que les attentes soient claires pour l’élève. D’où la nécessité également d’outils pour permettre à celui-ci d’avoir un regard et surtout une lisibilité de son parcours et de ses progrès. Pour moi, remplir un livret en fin d’année (même en fin de trimestre) n’est pas un mode fiable d’évaluation à moins d’avoir sous la main, et pour chaque élève, tout un tas de documents et de mesures prises à la volée et d’y passer un temps monstrueux en analyse. Ajoutez à ça qu’il faut avoir une sacrée mémoire pour se rappeler de ce qui s’est passé en octobre quand on est au mois de juin. Une compétence se valide dans l’instant (et s’entretient par la suite bien sûr, car un acquis doit s’inscrire dans la durée).

Et c’est là qu’on en arrive à l’évaluation positive. Contrairement à ce que ses détracteurs voudraient faire croire, l’évaluation positive ce n’est pas une méthode de bisounours qui consiste à donner des bonnes notes à tout le monde. Ce serait bien évidemment un non sens complet.

Non, l’évaluation positive c’est reconnaitre les acquis des élèves, tout simplement, et les aider à progresser, avancer, apprendre encore. En poussant un peu, on pourrait même partir de là où se trouve l’élève sans essayer de le faire rentrer dans des cases arbitraires.

Sanctionner et pas hiérarchiser
Ici, la définition du mot sanctionner qui m’intéresse est celle-ci : "Confirmer quelque chose, lui apporter un consécration officielle". L’évaluation est là pour ça. D’où pour moi, le non intérêt total de la note chiffrée qui ne confirme rien et qui n’est pas un indicateur pertinent à mon sens. A contrario, les ceintures et autres brevets sont les outils qui se prêtent complètement à cette "consécration".

Et là, on touche à un mal qui est ancré profondément dans les moeurs. Cette culture du classement, des notes. Dans un parcours professionnel, on est rarement noté (sauf les profs, ironie du sort). Par contre on est quotidiennement jugé sur nos compétences professionnelles. Encore une fois l’école à un train de retard.

La note, c’est une illusion de contrôle, quelque chose de rassurant, de rationnel et de facilement quantifiable. Mais parce que Pierre à une moyenne de 9 il est jugé comme élève médiocre ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Il a 5 en maths et 18 en musique, mais on le prend pour un cancre alors qu’il fait preuve d’expertise dans un domaine (si ce n’est plus)… Bref avec les chiffres on arrive vite à des contre sens, voire à des interprétations qui me laissent dubitatif quant à la justesse du dispositif.

Pour moi, évaluer un élève c’est lui donner l’opportunité de montrer qu’il a acquis une compétence, un savoir ou un savoir faire, tout simplement. L’évaluer positivement c’est valoriser ce qu’il sait et l’encourager et l’aider à aller vers ce qu’il ne sait pas.

Quand évalue-t-on ?
Et bien tout le temps ! On observe, on corrige. Ils écrivent, produisent toutes sortes de ressources.
L’enseignant lui, doit savoir mettre en place des moment formels pour pouvoir mesurer l’acquisition des savoirs de ses élèves mais il doit aussi être capable de se saisir de moments informels pour sanctionner ces acquisitions.

Aujourd’hui, on me posait une question vraiment très pertinente : « Dans le PDT de tes élèves il y a des exercices ET des évaluations ? »

Et j’ai répondu que je ne voyais pas la différence. Pourquoi un exercice ne servirait-il pas à valider une compétence ? Pourquoi faut-il qu’il y ait écrit en haut de la fiche « évaluation » pour qu’elle « compte » ?

C’est d’ailleurs pour ça que j’ai appelé les fiches que je propose à mes élèves pour valider les items de leurs référentiels des « fiches de progrès ». Il m’est également arrivé de permettre à un élève d’utiliser dans son portfolio une fiche dite d’« entraînement» comme preuve de validation d’une compétence.

Les élèves doivent être conscients (et nous devrions l’être aussi ) qu’ils sont en permanence évalués. C’est le rôle de l’enseignant, inconsciemment ou consciemment, nous réalisons des évaluations de chaque mot de nos élèves. Partant de là, on dédramatise énormément cet acte d’évaluer puisqu’ils ne s’agit pas de juger la personne bien évidemment, mais de connaître à un instant T les acquis d’un élève avec pour objectif (et il faut que ce soit clair comme de l’eau de roche pour les élèves) de les aider à progresser en s’appuyant sur ces mesures. Et si on mettait ça carte sur table avec eux dès le départ ?

Enfin, pour moi il est indispensable d’associer les élèves à l’évaluation. Il faut qu’ils soient acteurs de leurs apprentissages, et éviter autant que faire se peut, qu’ils la subissent. Grâce à cela, on peut clairement donner un autre statut au savoir, à l’erreur ou encore à la coopération entre les élèves. Mais ça c’est une autre histoire…

2 Commentaires

Classé dans Plans de travail/ Évaluation autogérée

2 réponses à “L’évaluation positive : oui mais comment ?

  1. Olivier88

    Ton billet sur l’évaluation est très intéressant et pertinent, je partage ton propos, mais je reviendrai sur la notation ou l’évaluation chiffrée qui est malgré tout nécessaire car bien souvent "juge de paix".
    Même si j’admets qu’elle n’a aucun intérêt formateur, elle est dans certains cas décisionnelle. Et les enfants doivent y être préparés.
    Cette année pour intégrer le CE1 CHAM de mon école (publique), il y avait 48 candidats pour 26 places, l’évaluation d’entrée était donc chiffrée, et les élèves habitués à ce genre d’évaluation avaient plus de chance que les autres…C’est triste et malheureux , je le conçois, refuser un élève pour 15 centièmes de point à une évaluation est pitoyable et va totalement à l’encontre du "stimuler les élèves au lieu de les décourager" mais comment l’éviter? Chaque année où le nombre d’enfants est supérieur au nombre de places, nous nous posons cette question.
    Bonne fin d’année scolaire et un grand bravo pour ton travail.

  2. Ah, l’évaluation…Vaste sujet…

    A mon avis, l’évaluation sert avant tout à "SE rendre compte".
    Alors qu’on nous l’impose parfois comme un moyen de "rendre compte".

    Evaluer pour se rendre compte, soit des résultats de ses élèves si on est enseignants, soit de ses propres résultats si on est élève.

    Enseigner sans évaluer, c’est comme conduire dans une voiture sans rétroviseurs et sans tableau de bord. C’est piloter au jugé.

    L’évaluation en elle-même est une démarche très positive, malheureusement mal comprise elle peut s’avérer être au mieux inutile, au pire démotivante, et le plus souvent totalement fausse.

    Evaluer un seul exercice ne sert à rien. Une compétence n’est acquise que lorsqu’elle est vérifiée "réussie" plusieurs fois, dans des contextes différents, et avec facilité. Et pour se rendre compte de ça, il faut bien évaluer…

    Dans ma classe de maternelle, j’utilise deux dispositifs d’évaluation :
    -Ma feuille "Tilékol" qui me fournit, à moi enseignant, un tableau de bord précieux.
    -Mes "fiches de progrès", genre de mini-PPRE, qui permettent à l’élève et à ses parents de se mobiliser autour d’un point très précis à améliorer et de constater les progrès. Dans ce cadre, l’erreur est une alliée précieuse, je dirais même une amie !

    Sans ces deux outils, j’aurais l’impression d’avoir un bandeau sur les yeux…

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