Coup de gueule : l’évaluation des élèves

Par défaut

cosmétiques-bio-mauvaise-noteOn lit tout et n’importe quoi en ce moment sur internet à propos de l’évaluation des élèves et particulier sur les notes chiffrées. J’avais envie de pousser un petit coup de gueule à ce sujet.

Il existe de nombreuses façons d’évaluer le travail d’un élève. Mais celles qui me sortent littéralement par le nez ce sont les méthodes non réfléchies, mises en place parce que … Bah socialement on en a l’habitude.

Un dispositif d’évaluation ça se pense.

Pour bien le penser, je pense qu’il faut éclaircir un point crucial : à quoi sert l’évaluation et surtout à qui ?

Non l’évaluation, n’est pas là pour distinguer de pseudos « bons » ou « mauvais » élèves. Le rôle de l’enseignant est de guider, d’accompagner, pas de juger. D’ailleurs de quel droit pourrions nous juger nos élèves ? Non, notre statut d’enseignant ne nous donne pas ce pouvoir. On doit aider TOUS les élèves à avancer et à se construire en partant d’eux et pas d’attentes arbitraires : point barre.

A qui doit servir l’évaluation ? A mon sens, elle sert autant au prof qu’à l’élève et elle doit être lisible aussi clairement pour l’un que pour l’autre. Je m’explique.

Pour le prof, l’évaluation doit permettre d’identifier des difficultés que rencontre l’élève mais également de cerner ses points forts et points faibles. Partant de cet état des lieux, l’enseignant doit pouvoir élaborer un parcours différencié pour un maximum d’élèves en tenant compte tout autant des points forts que des points faibles pour l’aider dans son cheminement et l’armer et le préparer pour son futur. Je vais dire un gros mot mais on parle bel et bien du marché du travail et d’une future vie professionnelle. Et oui, si on pouvait lui éviter d’être au chômage ça serait pas mal.

Pour l’élève, son évaluation doit être tout aussi lisible. « Je sais faire ça, je ne sais pas encore faire ça, je n’ai pas compris ceci » etc…

ET C’EST COMME CA QU’ON SE REPERE !!! Pas en se disant « Mince, Kévin il a eu 17 et moi juste 10 ». La note seule et sèche (même accompagnée d’un vague commentaire d’une ligne ou 2) ne donne aucune indication à l’élève sur l’état de ses acquis.

« Oui mais la note ça lui permet de se situer »
Part rapport à qui, à quoi ? Connaître les notes de ses camarades va-t-il aider l’élève à avoir des indications précises sur ses acquis ? Sur les points à travailler ?
« Oui mais pour ça on mets des commentaires. »
Alors à quoi sert la note ??? L’objectif est-il de faire monter un chiffre ou d’apprendre à faire/comprendre/mémoriser des choses ?

L’élève à besoin de repères clairs comme « Je sais (ou je ne sais pas encore) conjuguer des verbes du premier groupe au présent ». Des repères et une motivation réelle pour avancer (pour cela on doit tenir compte de ses goûts également).

La qualité d’un cuisinier on peut la juger sur (la motivation étant : bien manger) :
– la tenue de son restaurant
– la qualité de ses plats
– leur présentation, cuisson etc…

Bon, on est d’accord ? On se dit pas tiens, je lui mettrai bien 15/20 à ce resto. Enfin si on peut, mais ça reste subjectif, c’est à la louche, du commentaire Amazon quoi. Genre j’ai mis une étoile parce que le paquet est arrivé 3 jours trop tard…

Il faut aussi se poser la question de « Qu’est-ce que j’évalue ? ». C’est véridique, j’ai des amis dont les enfants perdent des points sur une copie de maths parce qu’elle contient des erreurs d’orthographe !!! Ca me fait bondir !

Je ne dis pas qu’il ne faut pas que les élèves prêtent attention à leur syntaxe dans les autres matières. Mais pour mélanger les compétences de plusieurs champs disciplinaires, il y a les tâches complexes… Là on peut faire du français, des maths, des sciences mais il faut impérativement que les objectifs soient clairs dès le départ pour le prof ET pour l’élèves. Ce n’est pas parce que le prof connait sur les bout des doigts ses objectifs de séances que l’élève les connait aussi. Il a besoin de savoir ce qui est attendu de lui.

Ce dont on a besoin pour évaluer c’est de trouver des critères objectifs, des preuves irréfutables que l’élève sait ou ne sait pas faire quelque chose. Dans un seul et unique objectif : l’aider. L’aider à quoi ? Et bien l’aider à progresser. Pas l’aider à être comme on aimerait qu’il soit, l’aider à être au mieux de ses capacités en respectant sa personnalité.

26 réflexions sur “Coup de gueule : l’évaluation des élèves

  1. Il faudrait que nos enseignants apprennent à écouter !
    Un stage en entreprise leur ferait du bien.
    Le cerveau de nos enfants n’est pas fait que de logique.
    Pourquoi la créativité n’est pas autant mise en avant que la connaissance ?

  2. Pour ma part, je pratique (uniquement depuis cette année, j’avoue…) l’évaluation continue réelle. J’entends par là que les élèves s’entrainent sur telle ou telle compétence, et quand ils se sentent prêts (ou quand je les sens prêts parfois) je leur propose de passer l’évaluation de ladite compétence (c’est donc individuel) . Et effectivement c’est juste ou faux. L’enfant sait ce qu’il sait ou non, ce qu’il lui reste à savoir. Il voit aussi quand il pensait savoir mais qu’en fait il ne sait pas encore. Bref pas de note. Pas de comparaison avec les camarades. Juste un état des lieux des acquisitions. Je m’y retrouve en tant qu’enseignante, et les enfants ont l’air d’apprécier aussi.

  3. Shimizou

    J’ai testé deux méthodes :
    1-évaluations avec compétences indiquant précisément ce que je sais faire et ce que je ne sais pas faire.
    2- les même évaluations avec des notes
    Je préfère largement la deuxième méthode car elle m’a permis à moi à l’élève et surtout aux parents de voir rapidement si l’enfant à les bonnes attitudes pour apprendre. Surtout les parents car dans 80% des situations où mes élèves étaient en difficultés scolaires, les parents en étaient la cause. La note permettant de situer rapidement l’élève au sein du groupe, a fait prendre conscience aux parents le décalage entre leur enfant et les autres.
    Les solutions pédagogiques que l’on peut apporter ne marchent uniquement que si les parents sont main dans la main avec l’école en regardant dans la même direction. La note accompagnée forcement des compétences « je sais, je ne sais pas faire » m’a permis de parler à la fois aux enfants et aux parents. Elle a permis aussi de motiver les élèves en leur fixant des objectifs précis.
    Je suis toujours choqué de voir à qu’elle point les solutions proposées sont extrémistes « plus de note » ou « que des notes ».
    Pour conclure ma méthode a fonctionné dans mon contexte et je suis conscient que dans d’autres écoles elle peut ne pas fonctionner.

    • En quoi situer un élève par rapport aux autres élèves de sa classe aide-t-il l’élève à progresser ? Le même élève dans 2 classes de niveaux différents aura-t-il un positionnement différent ?

      De manière générale je trouve que l’école ne devrait pas se reposer sur les familles des élèves. Ce n’est qu’un moyen de plus d’augmenter le caractère inégalitaire de l’école.

      • Shimizou

        Nous nous construisons, nous grandissons, nous forgeons notre caractère en nous confrontons à l’autre. Ce n’est pas en individualisant encore plus que nous formerons des citoyens qui apprendrons à vivre avec les autres.
        Pour éviter justement les inégalités, il faut aider et mettre les familles « en difficulté » devant leur responsabilité. Ce n’est pas à l’école de combler un manque familiale. La société déresponsabilise tout le monde, il faut chercher au contraire de donner une place à chacun.

      • L’individualisation ce n’est pas se couper des autres mais accepter que chacun soit different et accepter ses differences. Les nier c’est aller vers une uniformisation malsaine. Et la responsabilité des apprentissages, elle incombe aux enseignants, pas aux familles. L’enseignant n’est pas apte à juger si une famille est « responsable » ou pas. Et ce n’est en aucun cas son rôle. Son rôle c’est de prendre l’élève là où il est avec ses forces et ses faiblesses ainsi que son contexte de vie.

  4. Shimizou

    Bien sur que l’apprentissage nous incombe. Je suis totalement d’accord avec vous, nous faisons grandir les élèves en les prenant où ils sont, comme ils sont et en essayant de les emmener le plus loin possible.
    Mais pour réussir à faire grandir les élèves il est indispensable de connaitre la famille, le contexte familiale (les parents sont-ils séparés, il y a -t-il de l’alcoolisme, les enfants sont-ils livrés à eux même, les parents sont-ils contre l’école…) Ce n’est pas juger la famille que d’essayer de la connaitre en entretien, le soir au portail… Etant enseignant au primaire, je trouve que c’est une faute professionnelle que d’omettre totalement le quotidien de l’enfant et la réalité qu’il vit à la maison. Les informations sur la famille nous permettent d’adapter notre pédagogie au plus près de chacun des enfants. Elles permettent aussi de créer un lien de confiance avec chacun des élèves.

    • Bien sur. J’ai dit qu’il fallait prendre l’enfant ET son contexte si tu relis bien mon message. Mais notre role se limite à l’interpretation de ces infos pour coller au mieux aux besoins de l’enfant. Nous n’avons pas à intervenir (sauf dans des cas grave où un signalement doit etre fait bien sûr).

  5. AB

    je suis d’accord aussi et cette façon d’évaluer ne favoriserait en rien un « nivellement par le bas » que craignent certaines personnes si les notes venaient à disparaître

  6. Steph

    D’accord, d’accord et entièrement d’accord
    MAIS, est-ce réalisable dans 1 pays obsédé par l’évaluation ?
    – enfants évalués par les enseignants
    – enseignants évalués par les inspecteurs
    – salariés évalués par leur direction (entretien annuel et autres bizarreries)
    DE MEME, est-ce possible dans 1 pays où on adoooore culpabiliser les autres et se culpabiliser ? Ne faudrait-il pas plutôt enseigner l’évaluation positive et minimiser le caractère sanction-punition ?

  7. Ariele

    Oui je suis d’accord moi aussi…mais pourquoi cela serait il incompatible avec des notes?

    J’ai d’abord, en début d’année, évalué avec des A, ECA, NA … et objectivement parlant, s que c’est facile pour l’enseignant! pas de contrôle possible, une subjectivité forcément présente car on connait nos élèves: oui, là, il s’est planté mais ces exercices il les réussit d’habitude…et inversement.

    Alors je suis passée aux notes. pas sur 20, mais des notes sur 36, sur 18, sur 62…selon la finesse que je voulais avoir pour les items et en rendant difficile la comparaison directe.
    Au final, j’ai toujours des A, ECA… mais en chiffrant mes paliers je rends mon évaluation objective.

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