Mieux que l’innovation, la vulgarisation…

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J’ai enfin le temps de poser un peu mes réflexions du moment. N’étant plus en classe cette fin d’année, je me régale de lire les expérimentations et autres innovations d’enseignants exceptionnels sur Twitter ou les blogs que je suis. Toute la partie coding me plait énormément (première chose que je ferai quand je retournerai en classe).

Cet esprit d’innovation, il est fondamentalement nécessaire et je trouve le travail de mes collègues passionnant. Néanmoins, il y a un autre aspect, moins visible et moins « waouh » qu’on a tendance à oublier.

Je rencontre beaucoup d’enseignants et je fais des formations à des collègues qui viennent d’être équipés en tablettes et c’est là que je tique un peu. Il y a un tel décalage entre le #défidrone ou la #Twictée et ce que je vois au quotidien que ça me fait me questionner.

Les enseignants que je forme, sont pour la plupart tellement loin de ça. Comprenez moi bien, ce n’est absolument pas un jugement de valeur de ma part. Loin de moi l’idée de penser qu’un bon prof utilise forcément Twitter, des tablettes, Adobe Voice et des robots en classe. Je me dis que la culture numérique est encore très loin d’avoir envahi nos salles de cours.

Pire encore, les innovations hors de portée de la plupart des profs (encore une fois, c’est pas parce qu’ils sont bêtes ou incompétents hein) auraient tendance à bloquer pas mal de collègues. « J’y arriverai jamais », »T’imagines le temps que ça prend », « Ouais mais lui c’est un geek, moi j’y connais rien ».

C’est donc là qu’est tout le problème, il faut innover, c’est indispensable. Mais il faut raccrocher les wagons également, penser à des usages transposables, accessibles, simples. Bref à de la formation et de l’acculturation numérique.

Etant arrivé un peu à mon maximum question innovation (et encore je ne me suis jamais considéré comme innovant mais ça c’est autre chose) j’ai envie de me concentrer sur ce point : vulgariser le numérique, essayer de montrer des choses simples mais qui changent fondamentalement la façon de voir l’enseignement. Pas un numérique omniprésent, un numérique « au service de ». L’outil n’étant finalement qu’accessoire, et la pédagogie et l’acquisition des savoirs, le but.

Alors il va falloir casser des légendes urbaines et autres fantasmes sur le numérique, rassurer, expliquer, prendre les choses les unes après les autres et commencer par le commencement.  Déjà simplement répondre à cette question qui peux paraitre simple mais pourtant si complexe « Pourquoi je devrais utiliser des outils numériques dans ma classe ? », « Pourquoi faire ? »… Parce qu’on en est encore là pour beaucoup de personnel enseignant. Par défaut de formation ou par transmission de fantasmes, il faudra comprendre les raisons de cette non adoption et avancer en s’appuyant sur les projets des enseignants, ne pas stigmatiser non plus mais accompagner.

6 réflexions sur “Mieux que l’innovation, la vulgarisation…

  1. Isac

    Votre réflexion sur l’acculturation numérique de beaucoup d’enseignant est très bonne. Je suis assez intéressée par ce domaine (et j’ai eu la chance d’avoir dans ma classe, pendant deux ans, un petit gamin formidable qui m’a appris beaucoup de choses !). Mais je vois bien que mes collègues sont à dix mille lieues… A titre personnel, ils utilisent plus ou moins la messagerie, internet, un peu de réseaux sociaux (ceux qui utilisent les photos essentiellement), En classe, leurs élèves utilisent un peu le traitement de texte (mais qu’ils sont lents !) et les jeux éducatifs. C’est à peu près tout. Je n’ose même plus dire que mes élèves créent des textes collaboratifs en ligne, car c’est un gros mots ! Oser contacter les familles par mail pour envoyer des liens de vidéos afin que les enfants révisent les leçons autrement, c’est encore pas toujours bien vu. Avoir une page NETVIBES qui regroupe tous les liens de l’année, à quoi bon ? J’aurais aimé m’aventurer dans le codage (mais je manque de connaissances), mais j’ai cru être lynchée : ils ne savent déjà pas compter, ni lire correctement, c’est donc du temps perdu ! CHALLENGE U et les travaux qui y sont proposés, et où je peux suivre le progrès des élèves : ils ne m’écoutent même pas ! Et je ne suis pas dans une école vraiment particulière.

    Alors oui, il faut commencer par développer des activités toutes simples, créer des formations spéciales (obligatoires !) pour faire manipuler les enseignants ; pas des grand-messes théoriques d’où l’on repart les oreilles farcies de belles paroles et de projets faramineux ! Leur montrer des petits trucs qu’ils peuvent aussi utiliser personnellement (les GOOGLE DOCS, par exemple, mais bien d’autres aussi)
    J’ajoute, à leur décharge, que les familles ne sont, pour l’instant, dans mon secteur, peu réceptives aussi. Tout ce que je leur propose n’est quasiment pas utilisé… mis à part les 3 meilleurs élèves !

    Il y a donc beaucoup, beaucoup de travail à faire pour développer le numérique en classe/ Ah j’oubliais : commencer par faire que TOUTES LES CLASSES soient équipées d’un minimum de matériel (car même une flotte d’ordinateurs qui circule de classe en classe, ce n’est pas suffisant) pour développer une pratique RÉGULIÈRE qui deviendrait alors efficace !

  2. Stéphanie

    Ce que tu dis est très vrai. L’école est encore trop loin de la société qui évolue très vite vers les « nouvelles » technologies (le mot qui fait peur aux collègues !!) Quand on a parlé tablettes dans mon école, personne n’a voulu s’y coller, alors j’ai pris la flotte. Je n’avais jamais utilisé une tablette, mais que je suis une bidouilleuse du genre qui ne lit jamais les notices… Résultat, après deux ans d’expérimentation sans trop d’aide (à part mon maître Jedi référent, comme les scouts, toujours prêt), je m’amuse comme une dingue, les élèves aussi, et ils bossent.
    Et encore plus depuis que j’ai découvert ton site. J’avais un logiciel de déploiement associé aux tablettes que je trouvais peu pratique, et hop, je viens de passer à one note où en à peine une semaine, les élèves vont chercher leurs docs, les remplissent en pdf, les partagent, les impriment via le cloud… alors qu’il y a 6/7 mois, ils n’utilisaient la tablette familiale que pour jouer à Candy crush. De la folie ! Rajoute le site de l’école, et mes collègues me prennent pour une gentille dingue… Surtout quand j’ai sorti la tablette en animation péda… Mais depuis quelques semaines, la mairie nous parle VPI et là je m’imagine déjà dans « la super classe technologique » comme disent mes élèves. Des ateliers partout, des élèves autonomes,… Les collègues se font à l’idée parce qu’on ne peut pas refuser un tel cadeau, ça risque d’être de la bidouille pendant un moment pour nous tous, mais c’est une telle valeur ajoutée aux apprentissages ! Tous les enseignants que tu formes ou ceux comme moi et tant d’autres qui se forment tout seuls sont des petites graines qui entraîneront leurs collègues tôt ou tard.
    La preuve, ton article sur BB8 et la programmation m’ont donné super envie de m’y mettre (j’y connais rien, je dois vraiment être dingue) donc je vais harceler les collègues jusqu’à trouver quelqu’un qui essaie avec moi histoire d’amortir un peu le coût. Je suis convaincue que c’est une peur de ne pas savoir faire qui bloque, mais on apprend tous les jours aux enfants qu’il faut aussi se tromper pour apprendre, il est temps d’appliquer nous-mêmes !

  3. François

    Ce billet est tellement important à diffuser…
    Ce discours autour de l’innovation est un réel problème car il diffuse des messages contraires à ce qui serait nécessaire. Il ne faut pas de plus en plus d’esnignants innovants, Il faut de plus plus en plus d’enseignants mettant en œuvre des activités pertinentes pour la qualité de prise en charge des élèves.
    La compréhension du modèle SAMR de Ruben Puentedura devrait aider nos collègues à rentrer la la démarche que tu propose. Il est souvent caricaturé et dévoyé. Il faut prendre le temps de bien l’intégrer. Je le trouve pour ma part très efficace pour les formateurs.
    Il faut inverser la logique dans laquelle nous sommes !
    Plutôt que de continuer tenter de diffuser l’innovation ébouriffante, nous devrions tenter d’innover dans la diffusion de pratiques simples d’abord dont les améliorations sont rapidement perceptibles par les enseignants (gain de temps, amélioration de l’engagement, effets simples et mesurables par les personnes concernées,…).
    Populariser, diffuser, informer, accompagner est sans doute plus important que de montrer et de valoriser uniquement des « numéros de cirque » demandant une maîtrise et une expérience peu commune ! C’est pourtant ce qui est fait régulièrement par les formateurs 😦
    Bonne continuation !

  4. Loic

    Un petit retour de mon côté (j’ai des CM2). Depuis cette année, j’utilise un l’ENT Iconito qui est pas mal (gratuit pour nous) mais qui a quand même quelques limites sur la gestion des droits qui me gênent un peu. Je l’utilise pour mettre les devoirs en ligne. Les parents ont tout de suite trouvé le principe très intéressant. Par contre il n’est pas utilisé par beaucoup d’élèves.
    Ce qui me freine pour le moment pour passer au « vraiment plus numérique », c’est le système de l’école. Je pense être un peu un ovni (tendance très geek) dès que je parle de mettre les cours en ligne, d’utiliser mon VPI (avec l’interactivité, pas seulement en tant que projecteur), de faire de la production d’écrit sur ordi (20 portables sous lubuntu installés par mes soins). Mes élèves utilisent si peu les ordi au collège et dans les classes précédentes que c’est dur en une année.
    Je pense qu’avant le problème « matériel », il faut revoir la manière d’enseigner (et je suis le premier pour le moment à dire que ce n’est pas facile) pour axer plus vers le numérique et la collaboration.

    • StéphanieD

      Tu sais Loïc, c’est pareil dans mon école, il n’y a que moi qui utilise les tablettes (et qui ai bien galéré pour tout mettre en place, 30 c’est pas rien!), il n’y a que mon nom ou ceux de mes élèves sur le site de l’école. Alors j’ai envie de te dire : tant pis pour les autres ! Le numérique a créé un tel engouement dans la classe que je ne comprends même pas que les autres n’aient pas envie de me poser plus de questions. Ils ont vu le côté galère des débuts, que je reconnais tout à fait, mais ils ne remarquent plus du coup les super projets, les pads, les vidéos, les leçons annotées la collaboration ultra facilitée, différenciation les doigts dans le nez, méga autonomie des élèves… Et j’en passe. Moi, je n’y vois que de bons côtés (et pas du tout geek à la base). Les collègues sont sidérés que je pousse pour être, comme eux bientôt, équipée d’un VPI (« mais t’as déjà des tablettes, tu vas faire quoi avec ça en plus ? » J’en sais rien, mais je sais que je ferai quelque chose !). Donc je sais que pour mes élèves, cette année de ce2 numérique, c’est du one-shot et que l’an prochain ce sera cahier-livre-crayon, mais ça ne fait rien, ils sauront ce que c’est.
      Je donne mes sources d’inspiration aux collègues (François en 1ère ligne !!!) et je leur montre des trucs que je fais. Pour l’instant la réponse c’est « T’as dû y passer des heures », je ne peux pas le nier, c’est aussi au détriment de mes propres enfants parfois (quoique le grand est dans ma classe, c’est mon cobaye…) mais quand tu vois tes élèves aussi heureux de bosser, ça donne des ailes !! Alors quitte à passer pour un(e) bizarre, il faut y aller !

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