Au fait, je vous ai jamais raconté San Francisco…

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Je me suis rendu compte hier grâce à une discussion sur Twitter que je n’avais jamais fait le bilan de mon expérience américaine sur le blog. Alors je m’en vais réparer cette erreur. Parce que vous ne le savez peut être pas mais cette année j’ai fait l’expérience de l’expatriation ! Je vais essayer de ne pas trop tomber dans le « je vous raconte ma vie » pour essayer de me concentrer sur les leçons que j’ai pu tirer de cette expérience d’un point de vue professionnel, mais ça touche aussi l’humain que je suis donc forcément ça débordera un peu et je m’en excuse par avance.

 

Pas facile de trouver par où commencer, je vais essayer d’organiser un peu cet apport énorme d’informations que fut cette aventure.

 

Pourquoi, mais pourquoi t’es parti ?

Voilà ce que fut la première phrase que je me suis dite arrivé à mon escale à Amsterdam. « Mais qu’est-ce que tu avais besoin de te prouver sérieux ? » fut la deuxième.

Faut dire que je suis parti tout seul, laissant famille et amis en France, à près de 10 000km de chez moi et je me dis qu’avec le recul, c’était un peu culotté

Enfin bon, pourquoi : bonne question. Une envie de neuf professionnel, de challenge et aussi un gros attrait pour les USA et San Francisco en particulier. J’ai une formation en histoire et langues anglaise et américaine et c’est vrai que ce pays m’a toujours fasciné.

Ca me trottait dans la tête depuis longtemps… A un moment faut bien se jeter à l’eau. Mais franchement en arrivant j’en menais vraiment pas large. J’ai toujours vécu plus ou moins à la campagne (bon Pau c’est pas non plus ce qu’on pourrait appeler une grande ville) le gigantisme à l’américaine m’a sauté à la figure. Ajoutez à ça 9h de décalage horaire… Ca vous fout un peu vos repères en l’air. Mais au final j’ai réussi à apprivoiser cette fantastique ville qu’est SF. Y aurait des tonnes de trucs à dire sur le Golden Gate Bridge et toutes les merveilles de la Californie mais bon c’est pas un blog touristique que je tiens hihi).

 

Bon et tu faisais quoi là-bas exactement ?

Alors je travaillais dans une école franco-américaine, en tant qu’enseignant de CM2 (la moitié du temps) et coordinateur pédagogique cycle 3 : en gros un rôle de conseiller pédagogique dédié à l’équipe de cycle 3. Un conseiller juste pour le cycle 3 ? Ouais mais ça en faisait du monde parce que chaque classe avait 2 enseignants : un français et un américain (avec un emploi du temps 50/50). EDT c’est pas évident de coordonner tout ça.

 

Et alors c’est très différent ?

Ah bah ça… M’a fallu un temps d’adaptation. Passer d’une seule et unique collègue à des dizaines, ça fait drôle vous pouvez me croire. Culturellement également, car dans cette école la majorité des élèves étaient américains et ça change beaucoup de chose, culturellement parlant. Vous m’imaginez un peu avec mes ceintures de compétences et mes plans de travail ? Ca leur a fait tout drôle. J’ai un peu eu l’impression d’être un OVNI. Les familles étaient d’ailleurs super inquiètes au début. Je recevais des montagnes de mails des parents (ouais, la bas, pas de cahier de liaison hein, les parents ont direct ton adresse mail et savent l’utiliser… Même tard dans la nuit hihi).

Et ça a été une partie super intéressante à gérer. Le concept des pédagogies coopératives est-il contraint par une culture spécifique ou est il exportable outre atlantique ? J’ai eu plusieurs longues conversations avec Sylvain Connac (merci 1000 fois Sylvain) pour essayer de démêler des trucs. Par exemple, l’affichage des ceintures des élèves m’était complètement impossible. J’ai tenté et j’ai choqué. Il a fallu que je me mette au clair, cet affichage servant à identifier les tuteurs comment pouvais-je faire ? De même la notion de collaboration était floue pour mes élèves et leur famille, allant parfois jusqu’à être vécue comme de la triche. La encore il a fallu beaucoup parler.

 

Tiens en parlant de parler justement là aussi y a à dire. Au début j’ai cru que mes élèves ne m’écoutaient pas. J’en étais même assailli de doutes. Et puis j’ai compris en expérimentant moi-même. J’ai passé énormément de temps avec des collègues et amis étrangers et forcément au bout de quelques heures mon cerveau décrochait. Trop d’anglais m’épuisait littéralement. J’ai donc essayé de tirer parti de ma propre expérience pour m’adresser à mes élèves et là encore ça a fini par rouler. Au final, comme avec une classe de petits français on a appris à se connaitre et ces gamins étaient franchement extra avec un potentiel créatif dément.

 

Un autre point sur lequel j’ai énormément appris c’est sur la manière de capter l’attention des élèves. Bon je l’avoue avec mes petits landais il m’arrivait (en dernier recours) de lever la voix. Bon pas énormément parce que j’ai des cordes vocales assez pourries/fragiles et qu’il m’est juste impossible de gueuler comme un putois plus de 5 minutes par jour. Là on m’avait mis au parfum : « Si tu lèves un tant soit peu la voix tu vas te faire allumer par les familles »… Bon, alors déjà que leur attention est pas facile à capter : gros challenge. Et puis c’est venu petit à petit. Les élèves s’autorégulaient d’eux même. Je n’avais qu’a travailler sur mon attitude, voir un simple regard pour entendre : « Hey guys, François is waiting ». La relation de confiance a également été très utile ainsi que le donnant donnant « je te respecte, je te l’ai prouvé à de nombreuses reprises, respecte moi en retour » ça passait vraiment bien. C’est en quelque sorte en étant irréprochable d’un point de vue moral et respect que je pouvais demander à mes élèves de l’être en retour. C’est en m’imposant une discipline énorme que j’étais en droit de le demander d’en faire autant (ou du moins de faire de leur mieux).

 

Et au niveau de l’école, des programmes, la coordination ?

Là aussi, pas facile de tout faire rentrer surtout qu’on a à faire avec des élèves dont la langue maternelle n’est pas le français. Un truc tout bête c’est la notion de masculin/féminin, inexistante en anglais et qu’on travaille encore lourdement au CM2. Pour le programme de maths/sciences etc… mon collègue et moi nous le répartissions. Mais pour le français je n’avais qu’un mi-temps pour boucler le programme… Chaud patate quand même.

Bon à côté, y avait aussi des trucs énormes. Un prof de musique (un mec en or), un autre d’EPS, d’art, de théâtre… Caviar à ce niveau-là. Le truc que j’ai adoré également c’était le Tinker Space : une espece de FabLab super équipé dans lequel on pouvait aller bricoler des maquettes et fabriquer ce dont on avait besoin pour la classe.

Du côté de la coordination, j’avais 3 collègues coordinatrices avec lesquels j’ai beaucoup travaillé. Là encore une claque pédagogique et humaine. Des gens curieux, compétents qui m’ont fait avancer et évoluer avec bienveillance et qui m’ont aidé à comprendre tout ce nouveau monde qui me faisait (on va pas se mentir) flipper comme pas possible.

 

Et la vie là-bas ?

Ca c’est la question la plus vaste. Je dirais que ça a été les montagnes russes. Des moments incroyables, et des moments très durs. Là je vous avoue que Skype, et ben c’est pas du luxe (si tant est que le décalage ne fait pas que tous les français sont au lit depuis longtemps).  L’avantage c’est qu’on se retrouve aussi entre personnes qui sont loin de chez elles et ça crée de sacrés liens. C’est une expérience formidable. Les trams, le café du coin, les sorties… Et une sensation de liberté phénoménale. Les gens sont optimistes (parfois trop même, on dirait que c’est faux ou surjoué) et ça fait un bien fou. Bon par contre ça bosse dur : lundi au vendredi non-stop et on finissait très rarement à 16h… Et puis bon, amis et famille en France ont été super présent et ça c’est cool.

 

Alors t’en conclues quoi ?

Cette année passée a certainement été l’année la plus riche, éprouvante et magique de ma vie. Même si au final je ne suis resté que 6 mois à SF (oui parce qu’il s’est aussi passé des trucs de fou professionnellement dont je parlerai surement dans quelques temps et qui m’ont fait revenir un peu en avance), j’ai appris énormément sur mon métier mais aussi sur moi-même. Ca n’a pas été simple tous les jours. Il y a eu des coups de mou, des coups de folie, des coups de chance, du bonheur, de la tristesse, du mal du pays mêlé d’émerveillement… Bref j’ai adoré vivre à l’américaine (bon sauf la bouffe… SF c’est le pays des Vegan et moi je suis pas du tout ce que j’appelerais « un mangeur de graines »), une expérience hors du commun et si c’était à refaire je ne changerais absolument rien.

 

Mention spéciale à mes amis de là-bas Andrew, Susanne, Catherine, Amaury, Ellen, Thomas. Merci pour tout !

8 réflexions sur “Au fait, je vous ai jamais raconté San Francisco…

  1. Ecole Immaculée Conception

    Merci, très bon article François, et surtout super « retour d’expériences » comme je les aime afin d’ouvrir nos horizons pédagogiques et humains, forcement ! Une question me taraude depuis quelques temps : j’ai assisté à la présentation d’un prof. de math (jeune français) qui exposait comment il utilisait le numérique en classe avec ses élèves ; il revenait d’une expérience professionnelle aux Etats Unis. Son utilisation du numérique était fluide et intuitive … je n’ai pu parler avec lui de « comment il crée ses séquences/séances » … mais moi j’ai l’impression qu’en France on commence par écrire tout en haut de sa fiche de prep. les items du socle commun, puis les programmes …et du coup on aurait tendance à s’enfermer un peu (une sorte de « frein psychologique » ?) plutôt que de s’ouvrir à de nouvelles manières de faire tout en respectant bien sur les programmes mais ne pas les avoir « comme des boulets » il me semble?

    • Alors il y a du bon et du moins bon dans notre système. L’avantage est qu’on sait vraiment où on va. L’inconvénient, tu le soulignes, c’est sa lourdeur. J’étais quand même soumis aux programmes français là bas. Avec forcément des ajustements avec des élèves non francophones. Je t’avoue que j’ai préparé ma classe et envisagé mon travail comme ici en France donc je ne saurais pas vraiment dire s’il y a une différence. J’ai fait plus ou moins « comme d’habitude ».

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