Twitter : la bête ?

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Twitter et les profs… On en fait tout un flan depuis quelques temps. Entre ceux qui s’écharpent, ceux qui ferment leurs comptes, ceux qui s’y extasient… Mais alors pourquoi aller sur Twitter quand on est prof ? Je me suis donc dit que j’allais vous raconter un peu comment j’ai vécu la chose.

Je suis arrivé sur Twitter aux alentours de 2011. Je n’y ai d’ailleurs rien pigé au tout début et puis avec un peu de patience j’ai fini par comprendre. C’est également vers cette époque que j’ai ouvert mon blog.

Phase 1 : La bouée de sauvetage

Au tout début j’ai trouvé dans Twitter du réconfort. Bah oui, je me sentais un peu seul dans mes pratiques et j’ai trouvé des gens « comme moi » sur Twitter. Ayant longtemps eu une estime du travail que je produisais assez basse, j’ai trouvé sur Twitter des gens à qui ce que je proposais rendait la vie plus simple ou tout simplement, ça les dépannait. Je me suis alors senti utile, et peu à peu légitime dans mon travail. Pas le roi du monde hein, mais juste  réaliser que je savais faire mon travail correctement (ce qui n’avait jamais été vraiment dit à proprement parler par mes profs d’IUFM et autres personnes ayant visité ma classe). Bref c’était pas forcément un tampon officiel, mais Twitter (+le blog) a eu au moins pour effet de m’encourager et, suite logique, de me pousser à approfondir mes connaissances, à publier, à publier…

D’ailleurs j’y ai trouvé de nombreuses personnes qui ont alimenté mes réflexions et qui m’ont parfois montré des erreurs que je commettais. Bref tout allait pour le mieux dans le meilleurs des mondes ! Un peu comme chez les Bisounours quoi… Oh mais attendez…

 

Phase 2 : Et si tout ça n’était qu’une illusion ?

Bah oui, le monde des Bisounours, un peu trop beau pour être vrai. A mesure que je gagnais des followers, il semblait que ma parole devenait moins contestable aux yeux de certains (heureusement pas tous). Souvent je postais un article et dans la seconde il était retweeté. Fallait pas avoir fait Sciences Po pour comprendre qu’il était impossible au retweeteur d’avoir lu l’article aussi vite et l’avoir retweeté dans la foulée. J’étais donc diffusé par des gens qui ne lisaient même pas ce que j’avais dit, mais comme j’étais quelqu’un de « fiable »… Alors vu que je n’avais pas non plus un nombre de followers titanesque, qu’est-ce que ça devait être pour les grand « pontes » de la twittosphère éducative??? Le poids de la parole n’est plus lié à la pertinence de son contenu mais en grande partie biaisée par les statistiques de celui qui les écrits. Je ne vous le cache pas : j’en frémis. C’est d’ailleurs le premier angle de distorsion de Twitter. Le nombre de followers confère involontairement un comportement différent (selon que la personne à qui on s’adresse en a beaucoup ou peu). Et puis le « retweet », si rapide et si simple, forcément on est tenter d’en user et d’en abuser.

 

Phase 3 : Assister à une tempête… Dans un verre d’eau

Et puis ensuite il y a eu cette vaste blaque de guéguerre « Anonymes consternants VS Pedagogos » qui, pas plus tard que ce matin, donnait lieu à un article dans les presse. « Les profs s’écharpent sur Twitter », et des articles de blogs des uns, puis des menace des autres, moqueries et sarcasmes…

Bah vous savez quoi ? J’ai bloqué une quinzaine de comptes (d’un côté comme de l’autre) et j’ai plus rien vu de cette guerre (ou presque… mais au moins ai-je amoindri mon exposition à ce conflit)… Quinze personnes… Vous vous rendez compte ? La preuve de la distorsion qu’engendre Twitter : une infime minorité de gens « influents » donnaient l’impression que la profession se déchirait. Alors je dis pas qu’il n’y a pas de tension hein. Mais il y en a toujours eu, ni plus ni moins. Mais Twitter est un miroir déformant et il est indispensable de regarder les chose de plus loin.

Tempête dans un verre d’eau donc mais un verre d’eau retransmis en ligne 24h/24h et 7j/7j avec un gros zoom. Forcément vu par la petite fenêtre de Twitter on a cru au déluge. Alors qu’il aura suffi d’arrêter de lire 15 personnes pour que le conflit disparaisse de ma TL (pas les problèmes, eux sont toujours là).

 

Phase 4 : L’impossibilité de se faire comprendre

J’en suis arrivé à la conclusion que, quoi que je fasse, il me serait impossible de me faire comprendre sur Twitter. J’ai pourtant essayé plusieurs solutions. Étayer mes tweets avec des liens pour m’affranchir des 140 caractères qui m’obligeaient à écrire 20 tweets pour expliquer la globalité d’une idée parfois très simple… Mais non.

Les gens, bien intentionnés ou pas, ne prenaient l’info que par bribes et, effet internet oblige, se lançaient dès le départ dans une direction loin de mon propos. Alors à part y passer tout mon temps je ne voyais pas de solution. Et y passer tout mon temps… non merci ! Exemple flagrant arrivé pas plus tard que cette semaine : je tombe sur un twittos qui plagie un de mes docs en téléchargement sur le site. Pas de mention de source, le doc est repris à l’identique, hormis quelques modifications dans la mise en forme. Chose importante, le jeune homme est un récidiviste. Il y a 2 ans (et plusieurs fois par la suite) j’avais été obligé de lui demander de citer ses sources après lui avoir naïvement envoyé tous les documents (emploi du temps/brevets d’élèves etc…) qu’il me demandait au début (bah oui je voulais aider et j’étais dans la phase 1). Exaspéré que mes demandes privées n’aboutissent pas, je confronte le copieur en public… Et l’effet déformant a fait son œuvre. Twitter avait transformé ma requête en interdiction d’utiliser les documents que je partageais. J’étais contre le partage des ressources, pire je voulais, dans ma schizophrénie empêcher les gens qui téléchargeaient les ressources que je mets à disposition de les utiliser… Sous prétexte que certains voyaient dans cette situation un petit bout de ce dont EUX avaient envie de parler (en l’occurrence le partage des ressources), la conversation changeait de sens du tout au tout. Car le sujet était bien la mention de l’auteur d’un document qu’on a (légèrement… mouais) modifié et partagé par la suite. Bref, la propriété intellectuelle. Même si les 2 sujets sont liés, ils n’en sont pas moins distincts. J’ai donc perdu du temps à recentrer le débat et à me justifier. Et voilà à quoi se résume Twitter pour moi 80% du temps : une perte de temps.

 

Phase 5 : Prendre de la hauteur

C’est la phase dans laquelle je suis actuellement. Je compte bien me focaliser sur le 20% restant.  J’essaie de prendre de la hauteur. J’essaie d’utiliser Twitter pour ce qu’il est, un media personnalisable et prendre seulement les infos dont j’ai besoin. Pour communiquer avec les gens ? J’ai les DM, voir même tenez vous bien : un téléphone. Le problème c’est cet esprit binaire qui règne en maître sur Twitter : t’es pour  ou contre ? Pour ou contre quoi on sait pas vraiment mais au final, c’est le communautarisme qui l’emporte. Le tout bienveillant ou le tout troll. L’un comme l’autre passant ses journées et ses tweets à suivre la ligne. Bah moi dans la vraie vie, je trouve qu’il y a des pédagogos ridicules, tout autant que les consternants. Et y a des consternant qui énoncent des vérités aussi criantes que  certains pédagogos.

Je ne souhaite pas quitter Twitter dans l’immédiat, parce que tout simplement j’y vois encore une utilité (principalement de la veille). Et pour résumer, être sur Twitter, le quitter, s’y épanouir ou s’y aigrir, là n’est pas la question.

Les questions à se poser seraient plutôt celles-ci :

  • Qu’est-ce que vous souhaitez en faire ?
  • Pour quoi en avez vous besoin ?
  • Quelle place voulez vous qu’il ait dans vos pratiques voire votre vie ?

Je vais donc revenir (chose que j’aurais du faire depuis longtemps) à une utilisation plus pragmatique, raisonnée et raisonnable de Twitter, et même d’internet en général. Je me suis laissé emporter par des passions, même par ma passion également. Cela passe par un travail sur soi, mais aussi par une limitation de l’exposition aux réseaux également. Je ne crache pas non plus dans la soupe. La phase 1 a vraiment marqué une étape dans ma vie professionnelle et m’a permis de réaliser pas mal de rêves. Mais bon, sans verser dans le « c’était mieux avant » , je trouve que le brouhaha  actuel sur le réseau freine les réflexions plus qu’il ne les encourage.

Et le raccourci facile serait de rejeter la faute sur le géant américain qui crée ce réseau voire sur la société actuelle… Non la faute elle est sur moi et sur tous les gens qui se laissent aller à suivre le mouvement.

Je vous recommande donc de passer par les mails (formulaire de contact du site) et autres DM pour me contacter, vous aurez beaucoup plus de chances d’obtenir une réponse rapide de ma part.

 

4 réflexions sur “Twitter : la bête ?

  1. Je devrais faire comme toi, arrêter de suivre certains; d’un côté comme de l’autre, j’apprécie peu les discours de « posture ». Mais je crois que ma veille passe aussi par là: une veille pédagogique, mais aussi une veille de l’image de la profession, même déformée. Le recul par moment, c’est pas mal aussi. Au moment des rythmes dans le primaire, c’était devenu insupportable pour moi de voir ces conflits.

  2. ermeline

    Tellement sincère et honnête… C’est ce côté pragmatique et franc que j’apprécie sur ton blog et sur ton fil twitter

  3. Laurent

    Merci François pour ce partage de ton expérience Twitter/réseaux sociaux, de ta vision des choses, de ton ressenti. Ce que j’aime dans ton blog et ton fil Twitter, c’est cette capacité que tu as à ne pas t’enfermer dans un fonctionnement, une idée, à prendre du recul. Et cette article en est la parfaite illustration.
    Donc je te garde dans ma TL !
    Au plaisir de te lire encore.

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